Exemptée de toute inquiétude quotidienne, je visite d’un pas flottant une richesse en vapeur. Quelquefois, un visage étranger apparaît hors de la brume dense, il passe tout près, tout droit. Je m’imagine ouvrir un album photos aux mille portraits silencieux et intemporels, que je ne reconnais pas. Allongée sur les marches d’un des seize majestueux bains Széchenyi, sous une fontaine d’eau thermale, je me sens enfin comme Cléopâtre : presque nue, fortunée (en milliers de Forint) et avant-gardiste (The North Face et Arc’teryx sont des marques du futur).
Je suis à Budapest, une ville excitante sans artifice, vive sans couleur, surprenante sans vantardise. Budapest est grandiose avec modestie. L’accueil incroyable de Janos and Jozsef, les rives du Danube, la Goulasch, les chapeaux feutrés, l’épidémie de manteaux de fourrure (oubliez le populaire Arctic Parka), les tramways jaunes, le Café Gerbeaud, les poupées russes, le paprika partout, l’original cube Rubik, la tabagie où je peux voir ce que j’achète. Cette ville me fait oublier que nous sommes en 2010.
Après quatre jours dans les rues et bains et marchés et cafés de Budapest, je conclus que son unique ressemblance avec Montréal est son équipe de courriers à vélo. Lorsque j’en croise un, j’ai l’impression qu’il a pédalé depuis la rue Mont-Royal jusqu’au pont des Chênes sans jamais avoir changé son équipement en chemin. Un peu plus et il porte un sac à bandoulière Alfredo signé Cocotte, fait à Montréal. Cette proximité me charme pour un instant. Ils ont un petit je-ne-sais-quoi d’intense ces courriers à vélo internationaux.
Si j’habitais à Budapest, je n’aurais pas le choix de suivre les pas des mes idoles, Cléopâtre et le courrier à vélo. Je suis persuadée qu’en 2010, ces deux extrêmes réunis développeraient le plus grand réseau mondial de pistes cyclables. Et à la fin du siècle, on pourrait lire aux petits et grands: Ils vécurent heureux et bâtirent beaucoup d’accotements! D’ailleurs, il en manque quelques-uns entre Mont-Tremblant et Lac-des-Seize-Îles (au cas où vous ayez des contacts).
Je suis prête à y retourner avec toi…il ne me manque qu’un bon vélo:)