Au sommet de la Bolivie

Rédigé par : Altitude Sports Collaboration

. Au sommet de la Bolivie

J’ai toujours claironné que les sommets ne m’attirent pas, que je préfère les vallées avec des vaches ou des lamas, selon le lieu. Suer pour monter sur un tas de roche, non merci. Mais je serai toujours partante pour remonter une vallée, passer un col, contourner un massif, prendre une pause près d’une bergerie, regarder les troupeaux et les petites fleurs. Marcher 10h s’il le faut, mais sans la finalité élitiste du sommet.

J’ai dû réviser mon opinion.

Me voici en Bolive. Après 3 journées de randonnée, des kilos de poussière accumulés dans chaque recoin de sac, de peau ou de chevelure, des dizaines de vizcachas (cousin du lapin à grande queue qui fait bronzette tous les matins sur les rochers des Andes) observées, quelques troupeaux de vigognes qui ont détalé, me voici face à l’Uturuncu, le plus facile des 6000m du monde selon la légende.

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Il faut dire que son sommet atteint tout juste les 6008m et que les véhicules nous laissent au col, à près de 5700m d’altitude. Rien de technique, pas de glacier, juste de la randonnée en altitude. Il ne reste donc que 300m de dénivelé, à gravir lentement, file colorée de vestes qui saute aux yeux dans la grisaille de la roche.

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Il faudrait d’ailleurs toujours choisir sa veste avec des couleurs joyeuses et « pétantes », bien sûr pour le côté sécuritaire (visible dans le brouillard) mais aussi pour le bonheur du photographe. La mienne, la Torsun de Mountain Hardwear d’un rose éclatant, s’avère aussi confortable que pratique… et esthétique sur les photos.

Le soleil nous réchauffe, le ciel est bleu, au loin, on aperçoit des étendues de sel, surement de borax ceux-là, le sourire est collé sur chaque visage. Il ne faudrait pas essayer d’aller trop vite, le souffle nous manquerait en quelques pas, alors, en suivant le petit monsieur du village de Quetena qui est notre guide local de la journée, nous montons vers la cime.

C’est là que je me rends compte que j’y prends goût. Que je n’ai pas envie que cette montée s’arrête, ou plutôt que j’aurais aimé l’attaquer de plus bas, monter plusieurs heures de plus après quelques jours de plus et éclater de joie en atteignant notre objectif. Car même là, avec ces 300m, la magie opère. À 6008m, tout le monde rit de bonheur, se tombe dans les bras, se tape dans les mains. Bien joué gang, on est presque dans le ciel, et tout le monde va bien.

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Montréal, 10 jours après. Je regarde encore et encore les photos. Mais surtout, je rêve à d’autres montagnes, qui ne se laisseraient pas conquérir si facilement, qui m’apprendraient chacune un peu plus sur la technique, l’alpinisme, moi-même, l’humilité, qui me feraient voyager et me dépasser.

Je ne peux plus dire que les sommets ne m’intéressent pas. L’Acotango, le Cotopaxi me font de l’œil. Le Mont-Blanc me susurre des mots doux à l’oreille pendant que je dors, pour m’attirer, j’en suis sure. Promis, je ne dirais plus jamais « jamais ».

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Julie Betelu est guide chez Karavaniers.
Elle a guidé le voyage Désert d’Uyuni, Lipez et Andes Centrales

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