24 heures de méditation dans un temple bouddhiste… c’est bien assez!
Je ne pourrais pas dire exactement ce qui se passait dans ma tête pour expliquer mon excitation
à l’idée d’aller passer 5 jours dans un temple, à apprendre les rudiments de la méditation tout
en adoptant le mode de vie des moines thaïlandais. Wow ! Que j’étais ambitieuse ! Nous avons
d’abord dû faire certaines démarches avant de finalement dénicher un endroit où l’on pouvait
nous recevoir. Bien que l’accueil du moine de ce temple nous paru plutôt hostile, nous étions
prêts à nous investir dans l’expérience. Guillaume a donc embarqué dans mon projet, non sans
une certaine crainte. Il faut dire qu’après son massage thaïlandais, il se sentait à toute épreuve…
C’est donc vêtue de vêtements blancs, procurés au marché la vieille au soir, que je suis arrivée le
matin, à 8h30, au temple Wat Umong de Chiang Mai. J’avais 30 minutes pour me préparer avant
la période de méditation qui suivait… Ce qui s’avéra finalement à être trop de temps, car ma
cellule qui me servait de chambre, était minuscule. Je mesure 5 pieds 8 pouces et la pièce faisait
à peine cette dimension en longueur comme en largeur. Une fois allongée au sol pour dormir,
mon corps était limité de la tête aux pieds par les murs de béton. J’imagine mal une personne de
plus de 6 pieds à moins qu’il adopte la position fœtus en tout temps. Disons que j’avais vite fait
le tour… Il n’y avait qu’un tapis (pas même un matelas de sol) roulé dans le coin pour dormir. Le
minimum quoi. Les barreaux sur ma fenêtre me laissèrent une impression de… prison.
Première déception, le moine qui doit « s’occuper » de nous demande à une fille (que j’appellerai
Africa pour l’occasion) de nous apprendre les rudiments de la marche méditative et de
la routine qui entoure la façon de s’asseoir pour méditer. Moi qui m’attendais à recevoir
des enseignements d’un vieux sage, je fus déçu. Bref, Africa est une hippie de 20 ans qui
est au temple depuis moins de 10 jours et qui semble être illuminée. Ça donne une petite
idée du personnage… Disons qu’elle se croyait pas mal dans ce rôle. Nous n’étions que 6
blancs. Je m’amusais à regarder les autres et à me demander comment ils se sentaient.
Je ne trouvais personne de très crédible. Comme si tout le monde se donnait un style. La
première période méditative fut de 2 heures, les yeux fermés, à tenter de contrôler son esprit !
J’avoue que j’ai eu le temps de penser à ma liste d’épicerie pour mon retour en septembre.
La journée continua selon cet horaire :
4h Lever
5h-7h Méditation
7h-7h30 Nettoyage du terrain (Toujours habillé en blanc…)(Guillaume retombait dans son
monde de paysagement, il était donc tout sale…)
7h30 Petit déjeuner
8h Repos
9h-11h Méditation
11h30 Repas du midi
12h Repos
13h Méditation
15h Pause thé (mais il y avait pas de thé)
15h15 Reprise de la méditation
17h30 Repos
18h30–21h Méditation
21h Dodo
Qu’est-il arrivé pour que je parte en courant après 24 heures exactement? Une accumulation
de plusieurs choses, pardonnez-moi si j’en oublie car cette liste n’est sûrement pas exhaustive
tellement il y en avait. L’odeur et le goût de la nourriture des 2 repas par jour servi sur
une plaque d’aluminium (ça me rappelais certains films d’époque dans les orphelinats) et
consommés en silence face au mur blanc, les prières bouddhistes récitées à l’unisson avec des
mots que je ne comprenais même pas (ce moment est appelé «chatting») (je n’ adhérais pas aux
valeurs instruites par ses prières collectives), me sentir coincée dans une institution de pensées
(devoir prendre les paroles sans les avoir préalablement réfléchies), le sentiment d’obligation
de suivre cet horaire strict et très rigoureux, le silence lourd qui planait (quelle platitude moi qui
avait toujours envie de rire), l’interdiction de tout contacts (Guillaume m’a vraiment manqué
même s’il était tout près de moi). La méditation ? Peut-être, mais la vie de moine… ouf ! Je ne
crois pas que ce soit pour moi. Mais surtout, je crois que j’aurais pu tolérer cette liste si ça
n’avait pas été de la raison principale de mon malaise; le moine qui « s’occupait » de nous. Nous
avions eu un drôle de feeling avec lui lors de la première visite, mais ignorions qu’il serait la
personne qui nous prendrait en charge durant notre séjour.
C’était une personne antipathique et je ne l’ai pas vu sourire une seule fois. Durant la
méditation du soir, il nous parlait de principes bouddhistes (et je crois bien de principes
personnels) avec un certain mépris. Il nous a tout d’abord expliqué que la vie de moine ne devait
pas être « fun, fun ». Que le « fun, fun » était à l’extérieur du temple et que si on était à l’intérieur,
c’était « boring, boring » (pour reprendre ses termes bien sûr). Avec ses propos, il venait de
me perdre. J’étais venu apprendre la méditation, mais cette ambiance lourde et platonique
de vie de moine me laissa indifférente. Pour arriver à méditer, il faut s’écarter de tout plaisir,
de toute émotion. Ouf ! Durant certains de ces exposés, sur des sujets classiques, comme par
exemple sur le sexe, je manquais de rire à chaque instant. Il y a 3 raisons pour faire du sexe mais
seulement une est valable aux yeux du bouddhisme, devinez laquelle… : 1- Pour le plaisir 2-
Pour l’amour 3- Pour faire des bébés. Ce qui explique, selon lui, que l’homosexualité ne peut
être tolérée. Il a enchaîné en disant que les homosexuels ne pouvaient pas devenir moine
car l’image de grande folle parmi eux leur ferait perdre toute crédibilité… Je n’écoutais plus
vraiment. Il a beau être moine, cela n’explique pas son comportement condescendant. Bref on
peut dire que l’habit ne fait pas le moine.
Malgré le flot d’émotions vécues durant ces 24 heures, je reste néanmoins intéressée par la
méditation et les bienfaits que le contrôle de notre esprit peut nous apporter, une fois la liste
d’épicerie faite bien sûr. Pour ma part, ce ne sera pas à raison de 8 heures par jour, dans un
cadre inconfortable sous prétexte qu’il ne faut pas distraire l’esprit. Mais une dernière chose,
ne pas oublier de suivre notre feeling dans le choix de notre mentor car peut-être que notre
expérience aurait été plus positive.