J'ai pris l’autoroute 15 Nord, à partir de Montréal. J’ai dépassé les pentes de ski où elle devient la 117 et j’ai continué en direction nord-ouest vers le Parc de La Vérendrye. La dernière ville franchie avant les 200 km de nature virginale s’appelle Grand-Remous. C’est une ville quasi-déserte depuis la fermeture de la scierie locale. Ayant déjà été aussi loin dans le Nord que Senneterre pour faire du canot, je me sentais encore dans des terres connues. Tout à changé après le parc.
Je suis arrivé à Val d'Or au coucher du soleil et j'ai remarqué que pendant quelque temps, j'avais conduit en direction Ouest, et non pas en direction Nord. J'ai donc acheté une carte pour voir ce qui se passait. Vous pensez peut-être que j'aurais dû en acheter une avant de partir, mais bon, je savais déjà comment trouver la 15.
En réalité, après Val d’Or, la 117 se penche vers l’Ouest et donc l'Ontario. Si je voulais continuer en direction Nord, je devais prendre une route de campagne beaucoup plus petite appelée la 111N (à l'instant, la 117 n'était plus q’une rue à double sens). Celle-ci m’a emmené jusqu’à Amos, où une fois de plus, j’ai dû prendre une route alterne pour éviter d'aller vers l’Ouest. J’ai fait 200 km de conduite la nuit avant d'arriver à Matagami, l’ancien bout du monde avant que la Route de la Baie James soit construite.
La route déserte me semblait étrangement froide et sombre. J’étais heureux d'avoir un bidon de gaz, juste au cas-où. À mon retour, j’ai fait le même chemin, mais pendant la journée. C’est ainsi que j’ai constaté que ce segment de la route abrite les dernières communautés agricoles du Nord. Elles sont minuscules et clairsemées, mais de toute beauté. Les fermes atteingnent les limites des terres arables.
J’ai dormi dans un motel négligé à Matagami, une petite ville née des industries minières et forestières. Là bas, j'ai trouvé le début de la dernière portion du réseau routier du Québec, la Route de la Baie James. C’est une route solitaire qui s'étend 620 km vers le Nord avant d’aboutir à l’unique autre ville qu’elle aborde, celle de Radisson. Elle est tellement isolée qu’il faut s’inscrire à un poste de contrôle avant de l’entreprendre. Il faut commencer avec un réservoir plein puisque la station-service située au 381ème km est le seul exemple de civilisation sur la route. J’en ai fait la preuve. Avec le poids de mon canot sur le toît de ma voiture, mon indicateur s’est montré «vide» avant même que j’atteigne la station.
La Route de la Baie James est magnifiquement déserte, avec si peu de circulation qu’il serait possible d’y monter sa tente. Dans cette region, la nature domine sur les exploits de l’homme, et non l’inverse. L'immensité infinie de la nature intimide et menace les infrastructures fragiles de l'homme. On sent qu’avec un ou deux ans de négligence, nos routes disparaîtront. Si on ne les débarassaient pas de leur humus accumulé, le cycle naturel de gel et dégel, ainsi que les épinettes et le lichen, réduiraient l’asphalte en décombres afin de complètement les réclamer. Sans les provisions nécessaires, les derniers citoyens de Radisson seraient laissés sans défense contre la longue aggression d’un hiver de 6 mois. J’étais fort reconnaissant d’avoir ma tente, ma nourriture et mon équipement sur cette route extrêmement solitaire.
Beaucoup de temps de réfléction est permis lors d’un long voyage de route. Lorsque les arbres deviennent de plus en plus petits et clairsemés, il y a peu de distractions. J'ai cependant vu des animaux sauvages : des porcs-épics («délicieux», selon les Cris de la région), des renards, des orignaux et un loup. En hiver, il est même possible de voir traverser un troupeau de caribous. La route franchit quelques rivières puissantes, y compris la belle Rivère Rupert. Mais au moment où vous lirez ces mots, elle sera complètement sèche, ayant été détournée vers le barrage LG2 afin d’alimenter plus de télévisions et écrans d'ordinateurs.
La route de la Baie James prend fin dans le village de Radisson, situé au bord de la Rivière La Grande, à côté de la colossale installation hydroélectrique LG2. À 250 habitants, Radisson n’est que l’écho d’une ville d’autrefois. 90% de la population est partie après la construction des barrages, laissant derrière elle un bar, un restaurant et un motel, tous réunis dans le même bâtiment. Des rues de banlieue abandonnées serpantent inutilement autour de lots de terrain envahis d’arbustes, où se trouvaient jadis des maisons préfabriquées. Ce qui reste est l'une des villes les plus isolées au monde. Pour magasiner, les citoyens doivent entreprendre 900 km de route vers le Sud puisque Val d'Or est la «grande ville» la plus proche (pop. 30 000).
Quand ils sont chez eux, les habitants vivent dans un petit village. Une présence humaine minuscule dans l’étendue infinie de la forêt boréale et de la toundra. Un endroit où les aurores boréales sont vues quotidiennement. Mais ici, ils vivent aussi dans le pays d'Hydro-Québec. Ici, la corporation gouvernementale géante est omniprésente et toute-puissante. Le siège local d’Hydro-Québec est le seul bâtiment qui n’est pas préfabriqué. L’unique station de la SQ semble abandonnée (il est incertain si elle est effectivement occupée). Les véhicules d’Hydro Québec sont beaucoup plus nombreux que les véhicules des citoyens. Vous n’avez qu’à parler avec un membre du personnel d'Hydro-Québec pour bien comprendre que pour eux, la terre appartient à Hydro içi, pas les Cris.
Hydro-Québec offre des visites guidées gratuites des barrages LG1 et LG2, quelque chose qu’il faut absolument voir. Mais n’attendez-vous pas à plus de courtoisie que necessaire. En fait, il faut réserver à l'avance (1-800-291-8486). Je l’avais fait d'un téléphone public le même jour, mais les touristes français qui sont arrivés sans réservation ont été refusés malgré le grand espace restant sur l’autobus (eh ben!). La masse formidable des barrages énormes les rendent très impressionants. Mais ils le sont encore plus du point de vue d’un canot (à suivre). À LG2, il est même possible de s’approcher de l'une des turbines massives qui alimente nos villes, et de ressentir l’air chaud rayonner vers soi.
Par contre, je n'avais pas roulé 1500 km juste pour voir des barrages. J'étais sur le bord d'une rivière géante qui coule 120 km vers la Baie James, où elle longe une petite communauté Cris (Chisasibi). J'avais bien envie de découvrir la rivière, la baie et les Cris.
Là où la route prend fin – 1ère partie: Introduction
Là où la route prend fin – 2e partie : La route
Là où la route prend fin – 3e partie 1/2 : La rivière
Là où la route prend fin – 3e partie 2/2 : La rivière
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Finalement, quelle rivière t’es allé faire, La Grande? Comment a été la ride???
J’habite à Matagami, c’est bien vrai que la route de la B-J est tranquille, mais je n’y planterais quand même pas ma tente… ;-)
Bien content de voir que des “sudistes” viennent visiter notre beau coin de pays!!!
Cheers,
Salut Maxime,
Merci pour ton commentaire. Et oui, Jean-Yves est allé faire La Grande. Tu peux suivre le reste de l’histoire dans Là où la route prend fin – 3e partie 1/2 : La rivière
Un bel article ! Cet été je partirai de Montréal pour me rendre à Radisson. Je ne pars pas en auto, mais bel et bien à vélo. Y a t-il quelqu’un qui l’a déjà fait à vélo ? j’en sais rien … Dans les années passées, j’aurai parcouru une grande partie du partie du pays à vélo dont: trans-Canada, Yukon, Gaspésie, Lac St-Jean, Terre-Neuve, Cap Breton et plusieurs routes au Qc. J’ai toujours rêvé d’aller au Nord voir les barrages, mais je sais très bien que d’y aller en auto ne me motivera pas. Normalement, je devrais quitter en juin en total autonomie. Certains l’appel la route du silence … j’irai constater par moi même
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mathieu
J’ai travaillé trois ans à la Socété d’Energie de la aie James (contract specialist) j’ai donc fait souvent le périble Val D’Or Matagami LG2,LG3 particité à leur construction et à l’acaht des gros
materiels, de Radisson; des ponts sur la rivière Rupert .Celà reveille en mois de bons souvenirs et une certaine nostalgie des aurores boréales : mon premier job à mon arrivée en janvcier 74 un appel d’offres pour la construction de ponts de glace pour permettre le passage des camions j’ignorais evidemment tout de cette technique je regarde souvent “mon pont “sur la Rupert et je le trouvre superbe . Merci à vous pour ce bon moment !
Salut,
J’ai bien aimé ce récit, qui se rapproche à quelques détails près du périple nordique que je viens moi aussi tout juste de compléter. Si tu veux te sentir encore plus au “au bout du monde” je t’invite à aller te balader sur la route trans-taiga. Ce chemin de gravier long de plus de 600 km avec un seul poste d’essence, se prend au km 544 de la route de la baie-james. Le camping rustique du lac Sacami au km 56 est très bien. Aurores boréales en prime.
Bonne route!