La rivière La Grande est à la hauteur de son nom. Il s'agit d'une gigantesque rivière à débit rapide faisant un demi-km de largeur. Elle n’a pas l’air plus petite que le fleuve St-Laurent. Pourtant, techniquement, elle n'est pas trop exigeante. Avant de partir, je me suis assuré d'appeler Hydro-Québec pour savoir comment je pouvait naviguer la rivière de façon légale. En amont du barrage LG2 se trouve une mer artificielle d'eau douce qui s’allonge à perte de vue, appelée “le réservoir Robert Bourasssa” (voir photo du barrage). J'ai pensé canoter la partie entre le LG2 et la Baie-James. Ensuite, je voulais trouver une manière de faire du portage dans les environs du LG1. Le bureau d’informations d’Hydro-Québec m’a appris qu’on pouvait accéder à l’eau derrière le portail de sécurité si un habitant Cri nous déposait, car ce sont eux qui ont les droits d'accès. J'ai donc engagé un homme de Chisasibi pour nous emmener jusque là, et ensuite rammener la voiture à Chisasibi. Ceci éliminerait le besoin de faire appel à un avion de brousse puisqu’un nouveau chemin de terre rejoint Chisasibi à Radisson en passant par la route de la Baie James.
On a franchi le portail de sécurité qui surveille la vaste étendue de terrain autour du LG2. Notre chauffeur nous a déposé 1km plus loin, à la rampe d’accès que le bureau d’informations d'Hydro-Québec nous avait indiqué. Nous avons chargé notre canot et on se préparait à embarquer. Mais les gardes de sécurité d’Hydro-Québec, en remarquant que notre chaffeur sortait du terrain tout seul, ont décidé tout d’un coup que nous ne pouvions pas lancer notre canot du «terrain d’Hydro ». (Et ce, malgré le fait que nous avions suivi exactement les instructions fournies par leur bureau d’informations). Les gardes ont même permis à notre chauffeur de quitter avec notre voiture, sans lui avertir qu'ils étaient sur le point de nous expulser du terrain. Il n'avait donc aucun moyen de savoir qu’ils allaient nous empêcher l’accès à la rivière et nous abandonner sans voiture. Quand ils nous ont trouvés, nous étions sur le point de partir. Avoir su, nous aurions embarqué tout de suite.
Lorsque la sécurité s'est présentée à la rampe d’accès, nous étions sur le point de décoller de la rive. Mais puisque nous n'avions aucune raison de douter les instructions d'Hydro-Québec qu’on avait reçu la veille, nous les avons accueilli amicalement. Nos sourires se sont heurtés à des menaces et des accusations. Que faisons-nous là, et pourquoi sommes-nous pas avec notre guide? Oh, nous lançons notre bateau ? Eh bien on ne peut pas être seuls. Oui, nous avons le droit d’être sur l'eau, mais nous n’avons pas le droit d’être sur le rivage. Non, on ne peut pas embarquer sur l'eau, nous devons quitter par auto. Etc ... Et avec cela, la sécurité a pris tout notre matériel et notre canot, et nous a déposé sans pitié en dehors de «leur» terrain. Nous étions à Radisson sans voiture, sans argent, sans accès à la rivière. Ils ne se sont pas excusés de nous avoir donné de mauvaises instructions, ni d’avoir presque gaché le voyage.
Avant de faire recours à notre chauffeur (grâce au téléphone satellite !), j’ai décidé de recruter des habitants de Radisson dans l'espoir d’être guidé jusqu’à la rivière. Un homme gentil et débrouillard nous est venu avec une solution peu orthodoxe : nous allions faire du portage pendant 3 kilomètres sur un chemin forestier et déscendre une ancienne pente de ski au fond de laquelle on trouverait la rivière. La pente était dangereuse, et déjà réclamé par la nature… Ce fût un portage difficile mais réussi. De plus, après avoir passé une demi-journée détenus par la sécurité d’Hydro-Québec, c’était quasiment un plaisir d’accueillir les nombreux glissements et les chevilles qui sont passées proche de se fracturer qu’on a subi en déscendant la pente.
Cette nuit-là, la température est déscendue à -7 °C. J’ai appris que c’est très commun pour le mois d'août. En plus le ciel était clair (que j'ai appris est rare en août). Ensuite, la température est monté jusqu’à 16 °C ce jour-là : le maximum de tout notre voyage ! Dès que nous avons embarqué les eaux rapides de la rivière, on a été instantanément propulsés par la force du courant. Mais, malgré toute sa vitesse, la rivière a très peu de rapides. Elle a surtout des petits rebords qui ne couvrent même pas la largeur complète de la rivière. Nous avons donc pu facilement négocier la plupart des parties rocheuses avec notre canot ouvert, n’ayant laissé rentrer une quantité importante d'eau qu’une fois. À cette occasion, nous avons dû arrêter pour vider l'eau froide qui nous montait jusqu’aux mollets. Le balancement de l’eau dans le canot menaçait de le renverser. Heureusement, ma tente, la nourriture et mes vêtements de rechange sont restés secs dans mon Seal-Line Pro robuste. Même mes pieds submergées sont restés secs grâce à mes vielles et fidèles bottes en Gore-Tex... pendant environ 5 minutes ...
Là où la route prend fin – 1ère partie: Introduction
Là où la route prend fin – 2e partie : La route
Là où la route prend fin – 3e partie 1/2 : La rivière
Là où la route prend fin – 3e partie 2/2 : La rivière
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