Becks, une amie anglaise rencontrée lors d’une saison de snowboard en Nouvelle-Zélande et une compatriote irremplaçable de voyage, me texte ces quelques mots un soir d’automne :
"We are recruiting for a ski trip to St. Anton Austria, last week of January. Are you in?"
Pour un instant, la raison au signe faible de mon dollar canadien prend le dessus sur les émotions vives que l’image de la poudreuse peut égayer en moi. Je texte alors plus lentement que mon ombre la lettre N… suivie de celle qui me fait serrer les dents O… et puis merde, on n’a qu’une vie à vivre! J’efface le N repoussant et fais suivre le O positif du U plein d’artifices et du I jouissif. 27 janvier, me voilà étendue sur trois sièges libres d’Air Canada, la nouvelle classe économie 3 pour 1, bien partie pour la médaille de la plaisance.
Innsbruck est mon premier arrêt puisque que mes amis anglais n’arrivent que dans deux jours à St. Anton. Deux jours de paix. Pourquoi ne pas profiter de ce calme pour essayer de voler au-dessus des Alpes pour mieux comprendre où je me trouve sur la carte? 95 euros plus tard, je survole Schlick 2000, et c’est confirmé, je me trouve dans une région magnifique.
Petit train va loin! Pas trop loin puisque St. Anton se situe à seulement 45 minutes de chouchou de la capitale des Alpes. On dirait un village d’hiver du Playmobil de luxe. J’ai faim, ah une boulangerie. J’ai soif, ah un café. Je marche seule, ah le beau sourire norvégien. J’ai du temps à dépenser, ah une boutique The North Face, ah une boutique Arc’teryx, ah une boutique Prada… rien de moins pour la skieuse du Playmobil!

Parlant de ski, me voici au guichet:
- Une passe de ski pour 7 jours svp.
- 244 euros.
- Et celle de 5 jours?
- 182 euros.
- Qu’est-ce que je prends?
- Que voulez-vous faire d’autre que skier à St. Anton?
- C’est bien que trop vrai, 7 jours svp. Rendue ici, au diable la dépense!
Wow! C’est le seul mot qui me vient à l’esprit lors de ma première descente, ski route 34, une longue traverse menant à la fraîche poudreuse tombée cette nuit. Je dois en profiter tout-à-coup que cette neige folle soit la seule précipitation de la semaine. Ski route 33, ski route 18, ski route 16, ski route 15… monte, traverse, descends, monte, traverse, descends, monte, traverse, descends. Bien non, ma première journée d’euphorie enneigée s’est répétée toute la semaine comme le parfait jour de la marmotte. À la seule différence que plus la semaine avançait, plus j’étendais de Myoflex sur mon genou droit, plus mon bronzage de raton laveur se dessinait, plus mon humour anglais devenait fluent, plus ma batterie de caméra photo se vidait. Et oui, j’avais apporté le convertisseur, mais j’avais laissé l’adapteur sur mon lit à Tremblant. Donc, certaines images apparaîtront en boucle seulement entre mes yeux et mon cerveau, le disque dur du bonheur égoïste!
Si vous pensez aller skier en Autriche, n’apporter pas trop de vêtements pour deux bonnes raisons : les compagnies aériennes acceptent juste une valise depuis décembre et de toute façon, il n’y a qu’un seul code vestimentaire pour le jour blanc et la nuit blanche à St. Anton. J’aurais pu prendre l’avion habillée de mes vêtements de ski et ne jamais les enlever complètement jusqu’à mon retour. De là l’importance de porter des sous-vêtements Icebreaker en laine mérinos qui tempèrent le corps humain peu importe le coup de vent au sommet ou l’agglomération intense sur la piste de danse, qui ne gardent pas les odeurs d’efforts, de bière ou de filet mignon, qui se distinguent par leurs couleurs riches et leur douceur appréciée lors d’un contact physique imprévu. Un peu plus et je les gardais pour la séance de sauna après-ski!
L’après-ski, un concept que les Autrichiens ont bien compris. Désolée pour le peu de détails, il fallait y goûter pour comprendre. Je vous le souhaite à tous, ce voyage au merveilleux monde du Playmobil d’hiver. Pour mes amis anglais, je conclus cet article avec une simple réflexion qui en dit long: It’s mint!
Véronique Forget