Exemptée de toute inquiétude quotidienne, je visite d’un pas flottant une richesse en vapeur. Quelquefois, un visage étranger apparaît hors de la brume dense, il passe tout près, tout droit. Je m’imagine ouvrir un album photos aux mille portraits silencieux et intemporels, que je ne reconnais pas. Allongée sur les marches d’un des seize majestueux bains Széchenyi, sous une fontaine d’eau thermale, je me sens enfin comme Cléopâtre : presque nue, fortunée (en milliers de Forint) et avant-gardiste (The North Face et Arc’teryx sont des marques du futur).
Je suis à Budapest, une ville excitante sans artifice, vive sans couleur, surprenante sans vantardise. Budapest est grandiose avec modestie. L’accueil incroyable de Janos and Jozsef, les rives du Danube, la Goulasch, les chapeaux feutrés, l’épidémie de manteaux de fourrure (oubliez le populaire Arctic Parka), les tramways jaunes, le Café Gerbeaud, les poupées russes, le paprika partout, l’original cube Rubik, la tabagie où je peux voir ce que j’achète. Cette ville me fait oublier que nous sommes en 2010.
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