Comme beaucoup, je suis relativement nouvelle au ski de haute route, cette discipline qui était autrefois réservée aux plus téméraires et motivés d’entre nous. Puisque la saison 2020-2021 est marquée par un accès limité aux stations, beaucoup de skieurs ont choisi de prendre le chemin de la liberté. Et ce chemin, c’est la randonnée alpine.

On ne s’aventure toutefois pas hors du terrain patrouillé sans certaines connaissances de base et le bon équipement comme on se lance sur les pistes d’un terrain contrôlé. Donc par où commencer? Explorons les bases pour bien s’initier à ce sport qui gagne en popularité à vitesse Grand V.

Qu'est-ce que le ski de haute route?

Ski de haute route, randonnée alpine, ski de randonnée, touring… Peu importe le nom que vous lui donnez, commençons par le commencement et voyons de quoi il s’agit. 

La randonnée alpine consiste à faire l’ascension de la montagne, skis aux pieds, avant de la redescendre – dans la poudreuse préservée des foules, si vous êtes chanceux. Le fait de monter en skis pour mieux redescendre est une façon d’accéder à un plus vaste domaine skiable qui n’est plus limité aux pistes balisées entourant les télésièges. Certains y voient aussi une façon de dépenser plus d’énergie au cours de leur journée de ski (et de brûler la poutine de la cafétéria, plaisir coupable du ski en station, avouons-le.)

Le ski de haute route présente plusieurs avantages, notamment celui d’éviter la file d’attente aux remontées, de skier à moindre coût (la plupart des stations offrent un billet d’accès aux sentiers de randonnée à petit prix) et le dernier et non le moindre, celui de rester au chaud, même par temps très froid. Révolue l’époque où on s’empêchait de chausser les skis par peur de geler dans le télésiège!

Par quoi commencer?

Par l’éthique

La randonnée alpine est pratiquée par les épris de liberté depuis bon nombre d’années. Ces skieurs, qui ont l’habitude de se retrouver seuls dans le calme de la forêt, accueillent avec entrain le nouvel engouement au sport. Mais avant de prendre l’assaut des sentiers en masse et troubler la tranquillité qui y règne, voici quelques conseils pour respecter la quiétude des pionniers et celle de tous et chacun.

Lorsque vous montez, veillez à ne pas endommager les traces empruntées par les skieurs qui sont passés avant vous. Comme en randonnée, écartez-vous du sentier lorsque vous vous arrêtez pour ne pas bloquer le passage. Il n’y a rien de plus énervant pour les autres qu’un groupe de skieurs qui discutent en plein milieu du sentier! Choisissez toujours votre itinéraire en fonction de vos capacités, des conditions climatiques et du terrain sur lequel vous vous aventurez. Adoptez le civisme: saluez les autres skieurs, informez-les des conditions et aidez-les en cas de besoin. Les sentiers sont encore parfois mal indiqués, j’apprécie toujours me faire dire si le chemin que j’emprunte ne mène nul part avant de me rendre compte que je marche vers un cul-de-sac depuis 45 minutes. Et comme toujours lorsque vous vous trouvez en nature, ne laissez pas de traces – autres que les traces de vos skis, bien entendu!

Par connaître le terrain

Qui dit ski de haute route, dit également risque d’avalanches. Même si elles se font plus rares au Québec, le risque d’avalanche est bien présent dans les Chic-Chocs et dans l’Ouest du Canada. Comme l’équipement permet d’explorer la montagne sans restrictions, seuls les skieurs avertis devraient s’aventurer dans les secteurs non patrouillés. Vous êtes donc responsables de votre sécurité et de celle de votre groupe. Informez-vous des dangers et consultez les rapports d’avalanche avant de partir. 

Par faire vos recherches

Avant de penser à skier en territoire avalancheux, il est donc fortement recommandé de suivre un cours sur la sécurité en montagne. Il est également indispensable d’avoir en votre possession l’équipement de sécurité composé d’une pelle, d’une sonde et d’un DVA (détecteur de victime d’avalanche), mais le plus important est de savoir vous en servir. 

Si vous souhaitez pratiquer le ski de haute route à plus petite échelle, s’informer auprès des stations et des parcs nationaux de l’accessibilité aux sentiers de randonnée alpine avant de partir vous évitera bien des désagréments – surtout en contexte pandémique où le nombre de places est parfois limité.

Le bon équipement

Peaux d’ascension 

La première fois que j’ai entendu parler de peaux de phoque mon coeur a fait un bond… de la peau de phoque? À l’origine, les peaux d’ascension étaient fabriquées avec de vrais poils de phoques. Je vous rassure, ce n’est plus le cas depuis déjà plusieurs décennies, merci aux innovations modernes. Aujourd’hui, les peaux que l’on colle sous les skis sont faites de synthétique, du nylon plus précisément.

À quoi servent-elles?

À adhérer sur la neige pour monter la montagne sans glisser.

Comment sont-elles fixées?

Des attaches aux extrémités permettent de bien positionner la peau et de la tendre correctement sous les skis. Les peaux se collent ensuite sur la longueur du ski.

Comment choisir la taille des peaux?

Une peau bien découpée doit couvrir toute la surface du ski, mais elle ne doit pas recouvrir pas les carres. Vous devrez donc découper vos peaux par vous-même pour les ajuster à la forme de vos skis. Pas de panique! La plupart des peaux sont vendues avec un outil de taillage. Vous n’avez qu’à poser votre ski à plat et à l’envers, puis à coller la peau sur la surface et à utiliser le petit couteau pour découper l’excédant – et le tour est joué! En cas de doute, offrir une bière à un ami expert en lui demandant de vous aider avec la coupe de vos peaux s’avère aussi une option. Veillez toutefois à choisir des peaux assez larges pour vos skis. Référez-vous au point de plus large, qui se retrouve généralement à l’avant du ski, il constitue la largeur des peaux que vous devrez acheter. 

Pour déterminer la longueur, prenez la mesure de vos skis et soustrayez 10 à 15 cm. Les peaux sont munies d’une attache arrière qui permet d’ajuster la longueur. Vos peaux devraient donc être tendues, mais vous devez être en mesure de les mettre sans trop d’effort.

Comment entretenir les peaux?

La durée de vie de vos peaux sera grandement influencée par le soin que vous leur accorderez. Quelques conseils de base sont donc de mise. Ne les collez jamais l’une sur l’autre, cela aura pour effet d’abîmer la colle. Utilisez plutôt les filets qui sont prévus à cet effet. Faites aussi toujours sécher vos peaux après votre journée de ski. Vous pouvez les suspendre, mais éviter la chaleur intense comme celle du feu de foyer ou du soleil direct. Par temps glacial, gardez vos peaux près de votre corps pour éviter qu’elles ne gèlent. Les manteaux spécialement conçus pour l’arrière-pays comme ceux d’Arc’teryx, de Norrona ou de Mammut sont munis de grandes poches intérieures qui peuvent accueillir vos peaux pendant l’ascension.

L’indispensable trio

Si vous skiez en hautes montagnes, il est indispensable de vous procurer un détecteur de victime d’avalanche (DVA), une sonde et une pelle. Les avoir dans votre sac à dos est une chose, mais savoir les utiliser est essentiel pour prévenir les catastrophes. Dans le cas où votre journée idyllique tournerait au cauchemar (on ne le souhaite évidemment pas, mais la pensée magique ne vous sera d’aucune aide ici), il vous faudra agir en moins de deux pour sortir une personne ensevelie. Assurez-vous d’avoir tout le matériel nécessaire pour procéder à un sauvetage ou pour être vous-même repéré.

Placez votre DVA dans une poche fermée de votre manteau ou de votre pantalon et sécurisez l’appareil en nouant l’attache à la bretelle de votre pantalon ou à votre ceinture. N’oubliez pas de mettre en marche et de tester votre matériel avec vos camarades avant même de commencer l’ascension.Si

Les bons vêtements

Petit guide du multicouche pour débutant

Le multicouche a été largement démocratisé dans les dernières années, si bien que même ma mère connaît aujourd’hui l’importance de superposer les couches. Si vous souhaitez vous initier à la randonnée alpine, vous allez devoir troquer votre manteau de ski alpin en duvet et votre pantalon isolé pour plusieurs vêtements techniques. Plus qu’une tendance, le multicouche est LA meilleure façon de rester confortable, au sec et au chaud en ski de haute route. Mais en quoi consiste-t-il?

Il s’agit simplement de superposer les vêtements de façon à pouvoir enlever ou ajouter des pelures pendant la pratique de votre activité. Oubliez tout de suite le gros pull en laine de votre grand-père et les 3 paires de bas. Pour mettre en place un système efficace, il vous faut la bonne combinaison de vêtements.

Première couche: la couche de base

Comme son nom l’indique, la couche de base est la base de votre système multicouche. De quoi est-elle constituée? De laine mérinos. Je ne répèterais pas tous les avantages du mérinos par peur de transmettre à tous une écoeurantite aigüe, mais je vous invite à lire ce guide complet pour tout connaître de cette fibre qui est devenue le Saint Graal de ma garde-robe plein air.

Pour le haut comme pour le bas, votre couche de base doit être ajustée de façon à faciliter la mobilité. Les vêtements en mérinos sont offerts en plusieurs grades qui correspondent à l’épaisseur de la laine. Privilégiez les vêtements de grade 150 ou 200, autrement vous aurez trop chaud. Certains modèles d’icebreaker ou de Smartwool sont conçus spécifiquement avec des zones aérées en mailles, ils constituent de bons choix. Et n’oubliez pas les chaussettes! Je n’exagère pas en disant qu’adopter les chaussettes en mérinos a complètement changer ma vie. J’aime particulièrement ce modèle qui est doté d’un coussin au tibia pour absorber la pression de la botte de ski.

Deuxième couche: la couche intermédiaire

La couche intermédiaire est celle qui vous isole du froid. Elle peut être faite de duvet, de synthétique ou encore de laine polaire. Choisissez un manteau près du corps pour éviter les courants d’air. Une coupe trop ample restreindra vos mouvements et sera encombrante lorsque viendra le temps d’enfiler votre dernière couche, la coquille.

Je ne peux passer sous le silence mon amour du Atom LT d’Arc’teryx. Léger, polyvalent, respirant, coupe-vent et chaud, ce manteau est un véritable favoris chez les amateurs de sports extérieurs et mon go-to pour les sorties en randonnée alpine. Norrona, Mammut, BlackYak et Patagonia ont également de bonnes options.

Troisième couche: la coquille

La coquille est votre couche de protection contre les intempéries. C’est souvent celle que vous porterez pour l’ascension (avec votre couche de base) d’où l’importance de choisir un manteau adapté pour l’arrière-pays: non isolé et muni d’ouvertures d’aération qui vous permettront d’évacuer la chaleur – croyez-moi, c’est essentiel. La couche extérieure peut être plus ample pour accommoder vos autres couches. L’important est de choisir une coquille imper-respirante.

Et le pantalon?

Oubliez le pantalon isolé que vous portiez pour vous asseoir sur le télésiège, vous transpirerez dès les premières minutes de l’ascension. Pour les jambes, je trouve que l’idéal est d’enfiler une couche de base en mérinos et un pantalon coquille doté d’ouvertures d’aération. En touring comme dans l’arrière-pays, les pantalons à bretelles ont la cote. Ils vous protègent bien de la neige et préviennent les infiltrations de vent. En plus, vous pourrez ranger votre DVA dans la poche avant.

Pantalons à bretelles

Autres essentiels

Maintenant que vous comprenez l’importance de superposer les couches en ski de haute route, voici quelques essentiels que vous ne voudrez pas oublier de glisser dans votre sac à dos… à commencer par le sac à dos.

Sac à dos

Comme dans n’importe quelle randonnée, le sac à dos est élémentaire à la randonnée alpine. Vous y placez votre couche intermédiaire pendant l’ascension, vos gants, votre bouteille d’eau, votre casque et vos lunettes en plus de quelques collations.

Idéalement, vous voudrez mettre la main sur un sac à dos spécialement conçu pour le ski. Celui-ci permet d’y ranger votre casque dans une poche avant pour éviter qu’il prenne toute la place dans le compartiment principal. Un compartiment renforcé est également pensé pour y accueillir une pelle et une sonde. Des courroies latérales (ou avant pour une planche à neige) servent à y installer vos skis si vous devez marcher sur un passage difficile. 

Gants

Je ne surprendrai personne en disant que lors de l’ascension, vous voudrez des gants minces et légers (ou pas de gants du tout!), semblables à ceux que portent les coureurs. N’oubliez toutefois pas vos gants de ski, qui vous serviront pour la descente.

Lunettes de soleil

Comme pour les gants, vos lunettes de ski attendent sagement l’arrivée au sommet pour sortir de votre sac à dos. Ne faites pas l’erreur de monter avec votre casque et vos lunettes sur la tête; vous aurez vite chaud et la condensation créera de la buée dans votre lentille qui gèlera au sommet. 

Investissez dans une paire de lunettes de soleil de sports. Plus légères et confortables que des lunettes urbaines, elles seront vos meilleures alliées lors de la montée – et renforceront votre look d’expert!

Hydratation

Vous avez certainement pensé à la bière (bien méritée) que vous dégusterez au sommet, mais avez-vous prévu de l’eau? Même en hiver, il est primordial de s’hydrater même si la soif se fait moins ressentir que par temps chaud. Je privilégie toujours la bouteille d’eau au réservoir d’hydratation qui a souvent tendance à geler. Si vous êtes un irréductible du réservoir, pensez à placer la paille sous vos vêtements pour empêcher le froid de figer les gouttelettes et de bloquer la conduite d’eau.

Conclusion

Si la pandémie a donné le coup d’envoi à la découverte de nouvelles passions, il y a fort à parier que la randonnée alpine en fait partie. Le sport est une occasion en or de profiter de l’hiver, de prendre et de changer d’air, de garder la forme et de partager de bons moments entre amis. Et comme l’essayer c’est l’adopter, je n’ai pas de doute que vos skis de haute route ne prendront pas la poussière dans les années à venir.

Gardez en tête nos conseils: soyez prudent, informé et respectueux. Vous vous ferez certainement de nouveaux amis dans les sentiers.